Françoise Atlan, Aïcha Redouane et
l'Ensemble Al Adwar, accompagnés par l'Orchestre de Fès
(Direction : Mohamed Briouel) (Maroc, France)
TRADITION JUIVE ARABO-ANDALOUSE ET ART DU
MAQAM
C'est sous le signe de la rencontre
entre deux traditions que se place ce concert. Les chants séfarades
sont issus des communautés juives de l'Espagne andalouse
médiévales.
Après 1492, la chute de Grenade, investie par les rois
catholiques, la Reconquista et la fin de l'Espagne musulmane,
une partie de la communauté juive émigra vers le
Maghreb et principalement au Maroc, pour s'installer principalement
à Tanger et Fès, et en Algérie occidentale,
dans la région de Tlemcen et Constantine.
Les styles musicaux des communautés arabe - musulmane et
juives déjà fortement colorées d'influences
réciproques, accentuèrent leur cohabitation, et
très souvent dans les orchestres se retrouvaient côte
à côte musiciens et chanteurs musulmans et juifs.
Bien souvent, seules les paroles des chants permettaient de différencier
les origines des ensembles.
Françoise Atlan s'est déjà produite avec
l'Orchestre de Mohamed Briouel au Festival de Fès, dans
cette belle et ancienne tradition des chants séfarades,
dont elle est l'une des plus brillante interprètes, témoignant,
à travers ce travail exemplaire avec Mohamed Briouel que
ce bel héritage andalou est encore vivace de nos jours
au Maroc.
Il nous a semblé intéressant de mettre ce style
judéo -andalou en relation avec le pôle oriental
de la musique arabe, tel que pratiqué au Machreq, au Proche
Orient (Egypte -Iraq -Syrie).
Dans les époques de confrontations et de tensions que nous
vivons, mettre en relation ces deux voix, la juive et la musulmane,
dans une rencontre de styles à la fois différents
mais aussi proches à bien des égards, relevait d'un
désir certes culturel mais aussi d'une certaine curiosité
musicale, d'un désir de découverte. Il n'est pas
si courant en effet, aussi étonnant que cela puisse paraître,
que les traditions judéo andalouses, se frottent aux tenants
de l'art difficile du Maqâm oriental, dont les règles
et la stylistique sont différentes.
Ce sera donc chose faite avec Françoise Atlan, Aïcha
Redouane, et Mohamed Briouel, tous artistes qui se connaissent,
s'apprécient, et font preuve dans leur carrière
respective d'une ouverture hors du commun.

Françoise Atlan, Mohamed Briouel
et l'Orchetre de Fès
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Françoise Atlan (chant) et l'Orchestre arabo-andalou
de Fès - dir. Mohamed Briouel : " Chants Séfarades
"
D'origine juive, Françoise Atlan est l'une des plus belles
voix spécialisée dans les chants de la Méditerranée.
Qu'elle chante en ladino les romances séfarades des communautés
juives d'Afrique du Nord ou d'Andalousie, en occitan, les antiques
complaintes des troubadours, en arabe les mélodies arabo-andalouse,
c'est avant tout en femme de la Méditerranée, cette
mer du partage, que se vit avant tout Françoise Atlan.
En 1989 avec les Cantiguas de Maurice Ohana, elle obtient le Grand
Prix de l'Académie Charles Cros et atteint la consécration,
que viendront confirmer ultérieurement plusieurs "
Diapasons d'Or " et "Chocs du Monde de la Musique ".
Sa voix de soprano très malléable et de solides
études musicales classiques lui permettent aussi de travailler
le registre contemporain avec l'ensemble Musicatreize de R. Hairabedian.
En plus de son orchestre habituel, " Andalussiyat ",
où se retrouvent musiciens juifs, arabes et persans, Françoise
Atlan se produit dans des registres très variés,
avec le guitariste de Flamenco Juan Carmona, Dominique Vellard
et l'Ensemble Gilles Binchois de musique médiévale
et plus récemment dans le répertoire arabo-andalou
avec le chef d'Orchestre de Fès Mohamed Briouel.
En 1998, elle obtient le Prix de la Villa Médicis Hors
les Murs, pour ses recherches sur la tradition poétique
et musicale judéo-marocaine. Au cours de longs séjours
à Fès, elle a rencontré les derniers vieux
détenteurs des trésors de la tradition des juifs
du Maroc, s'imprégnant de l'esprit particulier de cette
communauté profondément ancrée dans son histoire
spirituelle.
Ce sont les chants de cette lignée à l'histoire
si ancienne, chants sacrés et profanes, mais toujours ancrés
dans cette tradition séculaire, que Françoise Atlan
viendra présenter au Festival de Fès, en compagnie
de l'Orchestre de Fès, dirigé par Mohamed Briouel.
De la même manière que l'on ne peut dissocier le
nom de Hadj Abdelkrim Raïss de son maître Lebrihi,
on ne peut séparer le nom de Abdelkrim Raïss de celui
de son disciple préféré, Mohamed Briouel.
N é en 1954 dans la région de Fès, Mohamed
Briouel entreprend l'étude de la musique dès 1963
aux côtés de Hadj Abdelkrim Raïss, l'un des
maîtres incontestés de la musique andalouse au Maghreb.
Premier marocain à recevoir le premier prix de solfège
et le prix d'honneur en musique andalouse, Mohamed Briouel est
le directeur du Conservatoire de Musique de Fès, où
il enseigne également le solfège.
Héritier direct de feu Hadj Abdelkrim Raïss, disparu
il y a quelques années, Mohamed Briouel, violoniste de
formation, est un grand spécialiste de la musique arabo-andalouse,
dont la ville de Fès est l'un des lieux, avec Tlemcen,
Tanger et Oujda, où elle s'est le mieux conservée,
après la chute de Grenade et la fin du royaume d'Al Andalous
en 1492.
Mohamed Briouel participe à l'enregistrement d'anthologie
" Al Ala ", la forme la plus épurée de
la musique arabo-andalouse, avec Quaddam Bouaquir Al Maya et Quaddam
Ejjadid.
En 1986, il obtient le Prix du Maroc pour la publication de son
ouvrage d'étude, " Musique Andalouse Marocaine : Nouba
Gharibat Al Husayn ", dans lequel sont retranscrites en notation
occidentale et pour la première fois, les onze noubas andalouses.
En 1991, le Ministère de la Culture du Maroc lui confie
le soin de monter un nouvel ensemble de musique andalouse dénommé
" Al Ala ", placé sous l'autorité administrative
du ministère, et avec lequel il donnera de très
nombreux concerts à travers le monde.
Ces dernières années, c'est avec son propre orchestre,
" L'orchestre arabo-andalou de Fès ", que Mohamed
Briouel se produit au Maroc et à l'étranger, dans
le double contexte de la musique arabo-musulmane et aussi de la
musique sépharade, en compagnie d'artistes de traditions
juives tels que Albert Bouhadana, Emil Zrihan, ou encore Françoise
Atlan, fidèle en cela à cette vieille tradition
marocaine d'ouverture et de tolérance.
Aïcha Redouane et l'Ensemble Al Adwar : " L'art
du maqam"
Aïcha Redouane
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Ensemble Al Adwar
Aïcha Redouane : chant
Habib Yammine : riq
Salah el Din Mohammed : qanoun
Née berbère à Ait Attab dans le Moyen Atlas
Marocain, Aïcha Redouane chante dès sa plus tendre
enfance. D'un répertoire festif utilisé dans les
veillées, elle passe (à six ans !) à l'apprentissage
de la musique d'Oum Kalthoum. Puis elle s'installe très
jeune avec sa famille dans le Sud de la France et entreprend des
études d'architecture.
Mais c'est toujours la musique et les chants de la tradition du
Moyen-Orient qui suscitent sa fascination, à travers l'écoute
passionnée et assidue des grands maîtres du style
classique fondé sur les Maqâms : Al Hamuli, Mohammed
Othman, Salama Higazi, Yusuf Al Manyalawi. Elle découvre
la tradition vocale égyptienne du siècle dernier,
la tradition de la Nahda et entreprend de se mettre à son
étude.
Pour interpréter ce répertoire qui nécessite
un takht (petit ensemble traditionnel), elle fonde avec Habib
Yammine, percussionniste et musicologue libanais, l'Ensemble Al
Adwar, composé de musiciens égyptiens, libanais
et marocains. Le répertoire de l'Ensemble Al Adwar est
basé sur la Wasla, suite de pièces vocales et instrumentales
composées et improvisées. Dans ces suites délicates,
toute la subtile virtuosité de l'orchestre, se met au service
de la superbe voix d' Aïcha Redouane, au timbre chargé
d'émotion et d'intensité.
Ces grands débuts datent de 1993, date de sa première
apparition au fameux " Théâtre de la Ville "
,à Paris, suivi d'un premier CD auquel sera décerné
un " Diapason d'Or " et un " Choc du Monde de la
Musique ". Le public voit en elle une nouvelle grande voix
dans la musique classique arabe.
Depuis elle a donné de très nombreux concerts partout
dans le monde et le Théâtre de la Ville l'a à
nouveau accueilli en 2003, pour célébrer le dixième
anniversaire de son premier passage, avec une création
inspirée du célèbre texte mystique du poète
égyptien Ibn El Farid : Al Khamriyya ou l' Eloge du Vin,
métaphore de l'ivresse spirituelle.
Déjà venue au Festival en 1997, Aïcha Redouane
se produira cette année à Fès, dans le contexte
particulier d'une rencontre avec Françoise Atlan, rencontre
des traditions des chants séfarades, dont les racines sont
en Andalousie et au Maghreb et de cet art du Maqam, venu lui du
Machreq, de l'Orient du monde arabo-musulman.
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