Fès
et son Festival
Fès
ne se livre pas facilement. Pour y accéder, il faut rentrer
par la grande porte, à la fois visible et voilée,
du sacré. Car Fès est un sanctuaire. C'est ainsi
d'ailleurs que les Soufis, ces initiés de l'Islam, l'ont
toujours appelée: la Zaouïa. Le voyageur qui venait
de loin savait qu'en arrivant aux portes de la ville, c'est à
son fondateur et à son saint patron lui-même qu'il
demandait l'hospitalité. Pour lui, Fès est la ville
de Moulay Idriss.
Beaucoup de Fassis connaissent encore par cur ce que les
chroniqueurs rapportent comme étant les paroles, lors de
la prière inaugurale, du saint : " O Dieu, Tu sais
que je n'ai pas construit cette ville par vanité, par désir
de renommée ou par orgueil. Mais je voudrais que tu y sois
adoré, que Ton Livre y soit Lu et Ta Loi appliquée
tant que durera le monde. O Dieu, guide vers le bien ceux qui
y habitent et aide les à l'accomplir, voile à leurs
yeux l'épée de l'anarchie et de la dissidence
".
Fès, qui fut pendant plusieurs siècles une capitale
politique et intellectuelle du Maroc, était devenue un
centre de rencontres et d'échanges. On rapporte que Sylvestre
II (Gerbert d'Aurillac), Pape de 999 à 1003, y séjourna
dans sa jeunesse pour y faire des études à la suite
desquelles il introduisit les chiffres arabes en Europe. Maïmonide,
médecin et philosophe juif, y vécut également
quelques années durant lesquelles il enseigna à
la Qaraouine. L'uvre de ce philosophe est une merveilleuse
illustration de cette symbiose de la culture judéo-islamique
qui avait prévalu en Andalousie, et trouvé un écho
similaire à Fès.
Durant
ces siècles d'expansion culturelle, parmi les grandes figures
qui ont séjourné à Fès, citons, à
titre indicatif, le mystique et métaphysicien Ibn Arabi
(m. 1377). Le sociologue Ibn Khaldoun (m. 1382) ou le mathématicien
Ibn Al Banna (m. 1321). L'Université de la Qaraouine est
dotée d'une riche bibliothèque où sont conservés
de nombreux manuscrits relatifs aux sciences religieuses, philosophiques,
naturelles ou cosmologiques. Les enseignants ont toujours eu,
par tradition familiale ou par acquis personnel, des bibliothèques
privées considérables. Jusqu'à nos jours,
un marché de manuscrits, où l'on peut trouver des
spécimens rares et précieux, est ouvert chaque dimanche
matin dans une ruelle qui avoisine l'Université.
Le
Festival des Musiques Sacrées du Monde se veut être
porteur de l'esprit de Fès. L'effet en retour sur la ville
de Fès est considérable à la fois en terme
d'image et en impact de tourisme culturel et donc économique.
La ville historique, théâtre de ce festival, est
valorisée d'une façon exceptionnelle. Au delà
de Fès, c'est une image positive qui est donnée,
à travers cet événement, du génie
de notre pays capable, grâce à ses richesses et traditions
culturelles millénaires, de s'insérer dans un enjeu
culturel mondial de grande envergure qu'il gère d'une façon
particulièrement éloquente. Ce sont toutes ces traditions
qui se trouvent valorisées et qui peuvent aussi devenir
un point d'attrait, de plus en plus fort, pour un public international.
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