Les Moines Danseurs du Tibet (Tibet)

TRADITION DU BOUDDHISME TIBETAIN

Concert présenté par Mathieu Ricard


Les Moines Danseurs du Tibet

Le Bouddhisme tibétain, qui a pris au Tibet la relève de l'antique tradition des Böns, teintée de chamanisme, fait partie de la tradition du Mahayana, encore appelé le " Grand Véhicule ", qui se différencie du Hinayana, le " Petit Véhicule " plus en faveur dans l'Asie du Sud Est.

Jusqu'à l'invasion chinoise, le pays était couvert de milliers de monastères, où méditations et lectures des textes sacrés constituaient l'essentiel des journées des moines.
Lors des grandes festivités annuelles, des danses sacrées étaient exécutées par les moines, danses codifiées, ritualisées, où étaient données à voir des représentations symboliques très imagées des divers aspects des avatars tibétains du Bouddha, des apparitions de Boddhisattvas, des formes spectaculaires de l'ego et de ses déguisements, des visions des déités célestes...

L'origine des danses sacrées, ou Tcham, remonte à l'avènement du bouddhisme au Tibet, lorsqu'au 9ème siècle, Guru Padmasambhava le fit fleurir au Pays des Neiges. Cette relation du Bouddhisme et de la danse est très ancienne, puisqu'on raconte que le Bouddha se manifesta à ses disciples sous la forme de divinités qui dansaient de mille façons majestueuses.

Au 13ème siècle, le Guru Chöwang vit le Paradis de Padhmasambhava, avec ses huit manifestations et une foule d'êtres célestes qui dansaient en sa présence. À la suite de cette vision, il instaura le " Festival du Dixième Jour ", qui commémore, par des danses, l'avènement du Bouddhisme au Tibet.

Par la suite, le répertoire de ces danses fut largement enrichi et ravivé par l'apport des " visions " des grands sages des 15ème, 16ème et 17ème siècles, qui ne cessèrent d'apporter un souffle nouveau à la pratique des danseurs. Dans le cadre d'un art sacré, le renouveau n'est pas le fruit d'une invention personnelle, ou d'une aventure artistique, mais d'une profonde réalisation spirituelle qui ouvre les portes à une grande richesse visionnaire. Le rôle des disciples est ensuite de transmettre le contenu de ces danses de la façon la plus fidèle possible.

Le Festival annuel, qui a lieu traditionnellement au Tibet le dixième jour du cinquième mois du calendrier lunaire (juin/juillet) est donc l'un des grands évènements de l'année, où deux jours de danse viennent conclure de longs rituels de prières et de méditations, et rassemblent des milliers de fidèles.

À la suite de l'invasion du Tibet par la Chine, plus de six mille monastères furent détruits et un million de Tibétains périrent. Les bibliothèques furent brûlées ou jetées dans les rivières, les statues brisées ou refondues pour faire des canons de fusils. Le monastère de Shéchen, fondé au 18ème siècle, au Tibet Oriental, ne fut pas épargné par ce triste sort.

En 1983, le Festival Annuel de Danses Sacrés fut reconstitué à Shéchen au Népal, puis au Tibet en 1985.
Un maître de danse et un maître de chant purent venir du Tibet et passer plusieurs années à Katmandou afin d'y rétablir la tradition musicale et chorégraphique qui faisait la réputation du
Monastère de Shéchen.

Les danses sacrées du Tibet sont l'expression d'un partage spirituel et aussi le témoignage d'un peuple. Elles nous permettent de découvrir un pan extraordinaire de la culture tibétaine, partie intégrante du patrimoine mondial, qu'il appartient à notre temps de préserver des menaces de disparition qui pèsent sur elle.

Matthieu Ricard
Mathieu Ricard est né en 1946. Après un doctorat en génétique cellulaire, sous la direction du Prix Nobel François Jacob, il s'installe en Inde et au Népal pour se consacrer au Bouddhisme Tibétain. Après plusieurs années d'étude auprès de grands maîtres, il devient lui-même moine.

Interprète personnel du Dalaï Lama en français, Matthieu Ricard a notamment publié " Le Moine et le Philosophe ", livre de dialogue avec son père Jean-François Revel, " L'Esprit du Tibet ", récits et photographies sur son maître Dilgo Khyentse Rinpochè, et " Moines Danseurs du Tibet ", livre de photos et textes sur les danses sacrées au Tibet. En mai 2000, il a publié également " L'Infini dans la Paume de la Main, du Big Bang à l'Eveil ", avec l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan.

 

Site internet: www.moinesdanseursdutibet.com

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