Artistes
AYIN-I DJEM
Direction Kudsi ERGUNER
- Turquie
Se promenant dans les ruelles de la ville de Konya (Centre anatolien), Jalaleddine Roumi entendit les martèlements d’un bijoutier travaillant l’or. De chacune des frappes du marteau retentissait le nom de Dieu et venait toucher le cœur de Roumi. Il se mit à tourner. Ainsi pendant des nuits entières, Lui et ses amis dansèrent à l’écoute des poèmes, musique et chant. Ces réunions de danse furent appelées « Sema » (écoute).
Vers le XV siècle seulement, cette danse devint un rituel, accompagné alors par une forme musicale appelé « Ayin » correspondant aux étapes de la cérémonie.
Durant sept siècles, cette cérémonie se développa jusqu’à atteindre aujourd’hui une forme qui associe le spirituel à une esthétique chorégraphique.
Comme dans toutes les confréries soufi les derviches tourneur se réunissent pour partager des moments de prières « Dhikr » invocations de nom divines. La cérémonie de Sema est aussi une prière intérieure qui provoque un état d’union avec Dieu de laquelle naît une joie qui s’exprime par la Danse.
Dans les confréries de Mevlevia en dehors des cérémonies hebdomadaires ouvertes aux non-initiés, les disciples se réunissent d’une manière spontanée autour de leur Seyh, à l’écoute du Ney ou des chanteurs.
C’est ainsi que, comme leur maître Roumi, ils vivaient des moments d’extase, extase (djezba) qui leur est interdite durant la cérémonie.Ces réunions intimes de la confrérie sont appellées « Ayin-i Djém » cérémonie de la réunion.
Roumi, étant un maître aimé, vénéré et ses œuvres étudiées par tous les soufis, des disciples d’autres confréries (Tarqat) venaient souvent partager ce moment avec les mevlevîs
La cérémonie officielle des Mevlevî a été plusieurs fois présentée hors de Turquie, mais « Ayin-i Djém » n’a jamais été dévoilée au public. La ville et le Festival des musiques sacrées de Fès est certainement le lieu qui peut justifier cette révélation d’une intimité communautaire.
Kudsi Erguner
Issu d'une famille de musiciens et soufis, Kudsi ERGUNER a eu l'opportunité de côtoyer de nombreux grands maîtres soufis ainsi que des musiciens de l'ancienne génération, et il s'est imprégné à leur contact, d'un style authentique, reflet de siècles de culture musicale.
Il a été désigné comme « Khalifa » ou successeur par plusieurs maîtres des différentes Tarîqat, notamment, Mevlevia, Halvetia, Arousia, Qadiria et Baktashia.
En 1980 devenu responsable de la communauté, il contribua à faire connaître cet héritage culturel dans le monde, en traduisant des extraits des textes soufis, en publiant des CD ou en organisant des cérémonies dans des festivals de danse et musique les plus prestigieux.
Il a aussi transmis le Mathnawi l’œuvre de Roumi la plus étudiée comme base de son enseignement au sein d’une association qu’il a créée à Paris.
Il est, en musique savante Ottomane, le seul musicien turc de sa génération à avoir reçu, par son père, un enseignement direct comme le veut la tradition orale.
D'autre part, ayant participé aux réunions de plusieurs confréries soufies, il a non seulement suivi leur enseignement spirituel, mais aussi musical.
Il a également été membre de l’orchestre de Radio Istanbul.
En 1975, il vint s'installer à Paris pour étudier l'architecture et la musicologie.
Il s'est produit dans de nombreux concerts tant aux Etats-unis qu'en Europe. Par ses concerts, il fit découvrir la musique Soufie au public occidental.
Lors de ses recherches sur les musiques d'Inde, du Pakistan et de Turquie, il a enregistré plusieurs genres musicaux authentiques peu connus, qui ont été publiés en Europe.
Il a également constitué, en Turquie, des ensembles pour interpréter des styles de musique quasiment abandonnée, sur le chemin d'une modernisation précipitée.
Conseiller artistique de plusieurs grands festivals, producteur de disques dans plusieurs labels Européens, il a fortement contribué à ce que ces musiques retrouvent leur place au sein du patrimoine culturel international, et par contrecoup, en Turquie même...
Il a travaillé avec de grands artistes Européens pour des musiques de films, de pièces de théâtre et de ballet,( Peter Brook, Carolyn Carlson, Maurice Béjart , Peter Gabriel, Georges Aperghis, Nicolas Frize, Didier Lockwood, Michel Portal...).