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de Fès » Colloque
2004
Compte
rendu du 29 mai :
Démocratie
et Gouvernance
L’ouverture du colloque à l’occasion
de sa quatrième année
fut animée par des discussions
de grande envergure, s’inspirant
autant de la sagesse des intervenants
que de leurs différences. La
journée se déroula autour
de trois thèmes principaux :
en premier lieu, la mise en scène
générale des cinq jours
du colloque ; en second lieu,
l’exploration des thèmes
de gouvernance et démocratie globale;
et en troisième lieu, un atelier
en fin de journée pour se pencher
sur les questions soulevées
par les participants.
L’ébauche du cadre dans
lequel se déroulerait le colloque
souligna l’importance du moment
historique qui définissait l’arrière-plan
des réunions. M. Mohammed Kabbaj
fut le premier, parmi plusieurs, à souligner
ce grand moment historique et le défi
particulier qui nous affronte à l’heure
actuelle : ce n’est pas
la fin de l’histoire proprement
dite, mais une convergence de thèmes
importants qui caractérisenet
notre époque. Il retraça
les grandes lignes et la signification
particulière du Festival de
Fès, avec sa célébration
de diversité et de spiritualité,
mais également les défis
toujours présents du fondamentalisme.
Que peuvent le colloque de Fès
ainsi que nous-mêmes apporter
aux débats de notre époque ?
En allumant une bougie, M. Faouzi Skali
a évoqué le symbole de
la lumière représentant
des liens avec la spiritualité et
la réalité, et surtout
le très ancien sentiment d’inspiration.
La bougie symbolise la trame d’un
tissage et les filaments précieux
- ou traces - de lumière. Il évoqua
la profondeur des traditions spirituelles
et la puissance de la culture. Il parla
des relations entre la culture et la
puissance, en soulignant l’importante
question, la culture de quel peuple ?
La culture provient-elle de la puissance,
ou la puissance de la culture ?
J’ai parlé du voyage que
nous venons d’entreprendre cette
année, à l’occasion
du quatrième colloque. Le groupe
qui s’est réuni ici, participants
anciens et nouveaux, est fort complexe,
non seulement de part sa diversité mais
aussi au niveau de la loyauté d’un
groupe qui a fait un voyage ensemble.
Nous sommes néanmoins conscients
que l’ensemble du groupe est
en réalité bien plus
grand que celui présent aujourd’hui.
Nous avons déjà parcouru
un long chemin ensemble, et de grands
rêves et ambitions nous attendent
sur la route à venir. Mais nous
sommes pleinement conscients que le
potentiel réel de ce festival
reste encore à être réalisé.
Nous avons écouté le
message de M. Romano Prodi, délivré par
son délégué, qui
a souligné le défi ainsi
que le potentiel de Fès et les
efforts déployés au niveau
du dialogue nécessaire pour
engendrer une communauté globale
de cultures et de peuples. Son message
a résonné sur les thèmes
d’égalité, de responsabilité,
d’échange d’idées – sans
pour cela oublier l’importance
cruciale de l’éducation.
Au cours
de la première journée,
nous avons exploré le thème
de démocratie et gouvernance,
et la métaphore d’éléphants
est apparue maintes fois lors des discussions.
La première notion fut celle
de l’éléphant provenant
de l’ancienne fable de l’homme
dans l’obscurité qui,
ne touchant qu’une partie de
la bête, est persuadé qu’il
touche l’animal entier :
le poète Rumi a suggéré il
y a longtemps qu’il pourrait
mieux voir la réalité à la
lumière d’une bougie.
La seconde notion était, pour
emprunter une expression familière
en anglais, que de « grands éléphants
sont présents »,
c'est-à-dire que des thèmes
sous-jacents et imminents dont nous
sommes très conscients étaient
présents, mais très difficiles à aborder.
Trois de ces « grands éléphants » étaient
représentés par les soucis
pesants dus à la force envahissante
et imprudente des Etats-Unis, la situation
très inquiétante en Iraq
et le conflit entre l’Israël
et la Palestine, ainsi que les problèmes
du terrorisme. La métaphore
de l’éléphant a également été empruntée
par Susan Marks, à savoir
comment aborder ces questions délicates : « une
bouchée à la fois ».
Les évènements en Iraq
nous préoccupent tous, et nous étions
soucieux quant à la participation
de M. Lakhdar Brahimi au colloque de
Fès. En effet, M. Brahimi a
du annuler son voyage à cause
des négociations sur l’Iraq,
et ce fut peut-être un signe
d’intervention divine que Mme.
Susan Marks ait pu parler. Avec
passion et fierté, Susan nous
a raconté une histoire remarquable
de transformation et démocratie
en Afrique du Sud qui aurait été un
rêve impossible il y a vingt
ans, mais qui est devenue aujourd’hui
une réalité historique.
Son message a ciblé avant tout
l’importance des réseaux
pour assurer les transformations durables : « quand
les toiles d’araignées
s’unissent, elles peuvent attraper
un lion ». Susan nous a
aussi rappelé que les idées
peuvent provoquer le feu de l’action.
La démocratie profonde peut
cicatriser les blessures, de même
que le processus de vérité politique,
de pragmatisme, d’humanité commune
et de spiritualité.
Les discussions
du groupe de travail ont porté sur les mêmes
thèmes de démocratie
globale, marquées par les avis
très variés des six intervenants :
les participants se sont penchés
sur les questions essentielles relatives à la
démocratie. Ils ont abordé des
thèmes qui seront présents
au cours des quatre jours prochains:
le dynamisme du monde dans lequel nous
vivons ; le sentiment que nous
allons atteindre un nouvel équilibre ;
et l’importance de l’éducation
non seulement pour la jeunesse mais également
pour la population exclue . Il
y avait un sentiment presque universel
que la démocratie doit être
développée et non imposée.
Je suis sûre qu’aucun d’entre
nous pouvait en croire autrement.
En retraçant les grandes lignes
de la démocratie, il s’est
avéré que celle-ci devient
une réalité dès
qu’une personne peut regarder
quelqu’un de plus puissant au
fond des yeux, tel que décrit
dans le récit de la pauvre femme
marginalisée : voici la
vraie démocratie. La justice,
les lois, les droits et les valeurs
communes que nous devons protéger
sont en effet les éléments
de la démocratie réelle
et absolue. Un autre symbole retentissant était
celui de la main : le poing fermé représente
le risque de détruire les objectifs
nous que nous voulons atteindre – mais
la main ouverte représente une âme
réceptive, la générosité et
le partage. Cependant, ces notions
de vraie démocratie connaissent
de nombreux obstacles comme le
démontre les chiffres suivants :
900 milliards de $EU sont consacrés à la
défense contre 60 milliards
de $EU investis dans le développement.
L’immensité et la complexité du
déficit de la démocratie étaient
au sein des discussions, ainsi que
la nécessité d’unifier
nos efforts, d’adopter de nouveaux
concepts et surtout d’écarter
notre fierté. Les discussions
ont également soulevé des
questions de politique et d’économie
en évoquant les thèmes
de puissance et de richesse qui sont à la
base du défi à la création
d’une démocratie durable.
Par conséquent, par quel moyen
pouvons-nous avancer ? Christophe
Aguiton nous rappela que les années
2001 et 2003 marquèrent des
tournants décisifs de l’histoire
dans le cadre d’événements
mondiaux importants. Ces années
sont témoins des transformations
dans la vision du monde en affrontant
les défis par un processus politique.
Ce processus anima des débats
qui ont également examiné les
transformations engendrées par
la technologie et son impact sur les
courants qui relient le monde entier.
Le rôle de la culture et de la
politique dans le processus démocratique
aux Etats Unis ainsi que dans d’autres
pays a souligné le besoin d’adopter
de nouveaux moyens et approches dans
le monde actuel. Les thèmes
principaux de la journée furent
la communication et le dialogue, ainsi
que le rôle primordial du nouveau
monde des sciences. Le symbole complexe
du balancier démontre que le
point de sensibilité maximum
représente aussi un niveau de
créativité maximum.
Au cours
de l’atelier en fin
de journée, les intervenants
soulevèrent de nombreuses questions
reflétant l’envergure
des idées, de disciplines et
d’émotions présentes.
Ces réunions se penchèrent également
sur les thèmes des connaissances,
de la puissance, de la liberté,
de la légitimité et de
l’inégalité, ainsi
que les contradictions qui existent
au sein de la démocratie actuelle.
Un débat se déroula concernant
les transformations dynamiques au niveau
de la théorie et de la pratique
de la démocratie contemporaine.
En effet, la démocratie d’aujourd’hui
est caractérisée par
des conflits entre l’ancienne
représentation traditionnelle
des nations et les processus complexes
des débats et de la mobilisation.
Finalement, un thème commun apparut
clairement : comment surmonter
ce défi pour donner vie à la
diversité représentée
par l’esprit de Fès.
Pendant cette
première journée,
plusieurs thèmes ont souligné les
débats et les défis des
années antérieures, avec
un accent particulier sur ce voyage
que nous avons entrepris ensemble.
Dans ce sens, deux points essentiels
furent soulevés à maintes
reprises : le rôle des media
et l’importance de l’éducation.
D’autres questions primordiales
ont également suscité un
intérêt particulier, à savoir
les enjeux de la femme, ainsi que le
potentiel et les défis pour
incorporer la spiritualité dans
les autres domaines contemporains du
monde académique, politique
et familial.
Intervenants : Mohammed
Kabbaj, Faouzi Skali et Katherine
Marshall ont ouvert la séance ;
le délégué de
Romano Prodi a transmis son message ;
Susan Marks a offert les remarques
préliminaires ; Christophe
Aguiton, Assia Bensalah, Aicha Belarbi,
Hans-Peter Duerr et Karen Jo Torjesen
ont participé à l’atelier,
avec Faouzi Skali et Katherine Marshall
comme animateurs.
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