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« Rencontres
de Fès » Colloque
2004
Compte
rendu du
30 mai :
Spiritualité et Enjeux Mondiaux
Telle que
l’image d’un
tableau impressionniste multicolore,
le motif d’ensemble du colloque
se définit peu à peu.
Deux thèmes, cependant, reviennent
souvent à notre esprit :
le concept du lien et de la communication,
et le symbole des traces de lumière
qui représentent les éléments
fondamentaux et essentiels au feu de
l’action.
Au cours
de cette seconde journée,
le rôle fondamental de l’individu
restait le centre d’attention,
plus précisément sa motivation
et son essence-même, la nature
de l’esprit et de l’âme
humaine étant à la base
des discussions et débats. Les
liens entre individus et institutions
ont formulé la question fondamentale :
comment affronter le défi du
changement à ces deux niveaux ?
Les motifs et les idées qui
s’entrelaçaient au fil
de la journée devinrent les éléments
moteurs et conflictuels de l’action, à savoir
la colère, l’indignation,
la compassion, l’humilité et
finalement l’amour. A la base
se trouvait en effet un désir
d’engendrer et de donner vie
aux valeurs essentielles et communes
auxquelles nous croyons, en respectant
néanmoins les perspectives et
priorités de tous. La sagesse
d’un intervenant nous rappela,
cependant, que la spiritualité est
très personnelle, et que nous
la ressentons chacun par notre vision,
nos sentiments, et surtout par nos émotions.
Ceci est difficile à formuler, à la
limite impossible. M. Richard Ernst
emprunta la formule célèbre
de Gandhi : « Vous
devez devenir la transformation que
vous souhaitez pour le monde ».
Les discussions
de la journée
se sont divisées en trois parties :
premièrement, une présentation
sur thème de la spiritualité et
des enjeux mondiaux ; deuxièmement,
des discussions de grande portée
au sein du groupe de travail, et troisièmement
l’atelier en fin de journée.
Au
cours de sa présentation,
M. Ahmed Toufiq souligna les grandes
lignes du thème : la spiritualité et
les enjeux du monde contemporain. La
spiritualité est un sujet tellement
vaste qu’il est presque dangereux
de l’aborder. Il nous parla de
la force que peuvent nous donner les écritures
saintes et l’inspiration des
prophètes. Ces derniers tracent,
en fait, une voie d’amour. Il
s’est aussi penché sur
les liens nombreux et important dans
l’assimilation de la spiritualité,
et que nous devons tous s’impliquer
pour faire face aux problèmes
qui nous affrontent : liens entre
le cœur et le corps, l’individu
et la communauté. Il est essentiel,
nous a-t-il confirmé, d’exprimer
notre force et notre énergie,
et surtout notre générosité.
Il revenait toujours à l’importance
du dialogue et de l’espoir que
le monde nous reviendra.
Par la suite,
Dr. Richard Ernst s’est
penché sur le monde des sciences
et de la spiritualité. Son thème
initial était que tous les problèmes
sont globaux, et tel que prononcé par
M. Joseph Stiglitz, nous ne pouvons
pas combattre la globalisation et que
nous devons œuvrer pour la globalisation.
Dr. Ernst ressentait que de nombreuses
cultures traditionnelles se voyaient
menacées, tel que dans le cas
des menaces contre la biodiversité,
et prévoyait une perte immense
pour l’humanité si ces
cultures disparaissaient. Il insista
sur la nécessité d’être
en contact avec les autres cultures,
non seulement en théorie, mais
en pratique, et en les vivant. Selon
lui, tout n’est pas noir ou blanc,
bon ou mauvais, et nous possédons
tous du positif et du négatif.
Il compara les peuples de l’ouest à des
taupes qui creusent sous la terre,
en contraste avec les moines du Tibet
qui se penchent sur leurs textes, et
oeuvrent ensemble pour atteindre la
sagesse. L’essence de la vie
ne peut exister sans les efforts communs.
Dr. Ernst lança également
un défi aux universités
pour qu’ils assument un rôle
plus important dans le monde contemporain.
Il parla de la nécessité de
réformes radicales pour que
nos universités puissent redevenir
les frontières de la recherche
pour le bien commun, et non des instituts
de recherche sans rapport avec monde
d’aujourd’hui.
Les discussions
du groupe de travail se sont avérées complexes
et sophistiquées. Chacun des
intervenants avaient des points de
vue très variés, souvent
contrastants, et les discussions dans
l’ensemble étaient d’un
haut niveau intellectuel, passionnantes à observer.
Les commentaires variaient selon les
aspects personnels ou abstraits. Le
ton était à la fois sérieux,
mais aussi mois lourde. La conclusion
d’un intervenant nous rappela
que, finalement, nous ne sommes que
des sachets de peau, et que ne devons
pas nous prendre trop au sérieux.
Huit thèmes sont ressortis
des discussions, bien que de nombreuses
questions aient été soulevées.
- La signification
de la nature humaine et des
discussions sur l’essence
de la condition humaine, de la spiritualité dans
le rôle d’interface entre
les conditions externes et notre
souffrance interne, ainsi que notre
joie ; l’arrogance de
la puissance ; l’importance
de la curiosité ; ainsi
que le rôle de l’indignation,
de la colère et de la
compassion.
- Un
examen de la laïcité,
et la notion d’un état
laïc . Thierry de
Montbrial donna l’exemple des 100 années
de laïcité en France
pour illustrer la prospérité indépendante
de l’église et de
l’état. Il nous rappela
l’expression : « donnez à César
ce qu’il lui revient, et
donnez à Dieu ce qui est à Dieu » pour
démontrer que la laïcité est
un modèle qui mérite
une attention et un respect
particuliers.
- La
puissance de l’inspiration, avec
l’exemple de Mahatma Gandhi
qui était omniprésent
au cours de la journée. Mme.
Kamla Chowdry se pencha sur la question
fondamentale de connaître l’origine
de l’inspiration qui le guida
vers son approche non-violente au
changement. Quelle fut l’expérience
de Gandhi pour qu’il devienne
aussi passionné dans sa quête
pour la transformation du monde ?
- Les dirigeants du fondamentalisme, avec
des discussions sur la violence
et les liens au fondamentalisme.
Un débat sur le pouvoir des religions
se déroula, y compris la violence
engendrée en son nom au cours
des siècles. Comment bannir
la violence de nos traditions ?
- La
continuité et les
changements. Cette rubrique
comprenait la globalisation
et les discussions se sont
penchées
sur la rapidité de son expansion
ainsi que sur la possibilité de
changer les avis et la vision du
monde. Dans une perspective négative,
la croissance sans contrainte fut
illustrée par l’exemple
du cancer qui détruit en
se perpétuant. Le souhait
fervent fut de rechercher une
solution pour assurer la fin
des guerres religieuses.
- Les
bases de l’équilibre
dans le monde étaient
présentes au cours des discussions
sur la spiritualité, surtout
en ce qui concerne l’importance
des sentiments spirituels qui guident
la motivation et donnent un sens à l’action.
Les limites entre spiritualité et
religions organisées ont également été discutées
et leur rôle potentiel
dans le monde politique.
- La
puissance potentielle des
valeurs universelles : comment
s’inspirer des valeurs universelles,
et à quel point sont-elles
réellement universelles
et communes à nous tous ?
- En conclusion,
plusieurs intervenants ont
démontré une certaine
ambivalence dans leurs réflexions
sur le rôle de la spiritualité dans
le combat contre les problèmes
de notre monde. Ils avaient, par
ailleurs, des visions et priorités
radicalement différentes.
Une citation
de Goethe provoqua une discussion
animée : « La
réflexion est facile ;
l’action est difficile ;
et agir selon des principes est le
plus difficile ». Certains
entendaient ceci comme un témoignage
des dilemmes que nous affrontons au
sein des communautés, tandis
que d’autres ne croyaient pas
en sa validité : nous sommes
ce que nous faisons, et nous faisons
ce que nous sommes.
Une dernière remarque, de
ma part, provient de l’absence
de discussions sur le rôle des
femmes au cours des débats.
La foi, la spiritualité et la
religion sont essentielles pour les
femmes dans de nombreuses cultures.
L’ironie, cependant, est que
la femme est souvent absente dans la
hiérarchie formelle religieuse
et les enjeux de la femme, telle que
la violence contre elle, ne font par
partie des débats sur la foi.
L’atelier se tourna alors vers
deux autres thèmes, avec le
défi omniprésent de décider
comment procéder. La participation
des intervenants a reflété le
désir intense de continuer les
débats, témoignant de
l’intérêt suscité.
Ils recherchaient donc non seulement
la discussion mais une solution pragmatique
centrée sur l’action.
Parmi les
sujets concernés était
la vraie définition de laïcité et
sa signification à l’heure
actuelle, autant sur le plan global
qu’au niveau de pays et communautés
spécifiques. Un autre thème
soulevé fut la notion des liens
et différences entre spiritualité et
religion. A la suite de longues discussions,
un intervenant conclut qu’il
serait très dangereux de tenter
la séparation de la spiritualité et
de la religion, du bien et du mal.
Ce faisant, nous pourrions tous quitter
Fès avec le souvenir d’une
belle expérience, sans donner
juste valeur aux enjeux complexes de
la réalité de la puissance,
du conflit et de la tension. Les questions
de bien et de mal, puissance et faiblesse
qui ont été évoquées
dans la matinée, sont revenues
au sein des débats. Des questions
ont été posées,
et certaines réponses formulées
concernant le rôle du dialogue
sur la foi et son impact sur la diplomatie
globale et l’action. La condition
essentielle pour une action durable
serait de développer les synergies
et les réseaux qui sont en cours
de transformation. Par ailleurs, l’éducation,
l’éducation, l’éducation :
c’est là que se trouve
l’outil le plus important pour
faire face aux problèmes du
monde actuel. Le rôle vital des
media est de se pencher sur ces questions
et les universités doivent assumer
leurs responsabilités pour assurer
les changements et transformations
essentielles.
Des mesures
concrètes ont été proposées également.
Par exemple, faire de Fès une
académie de paix et de diplomatie
en regroupant des individus dévoués à ces
questions. Par extension, Fès
pourrait aussi devenir un centre de
méditation pour le monde Islamique,
et bénéficier d’une
charte ou déclaration dans ce
sens. Sur une note pratique, les intervenants
ont demander de recevoir une liste
des participants pour continuer le
dialogue.
En conclusion,
la musique de Françoise
Atlan a inspiré quelques derniers
sentiments. Pour développer
et continuer le dialogue qui s’est
déroulé à Fès,
il serait essentiel que son esprit
résonne également au
delà du Festival et du temps.
J’ai eu le privilège de
témoigner l’esprit de
Fès au mois de mars 2004 quand
le groupe, « Spirit of Fès » a
fait la tournée de 17 villes
aux Etats Unis, au cours de laquelle
plusieurs colloques se sont déroulés
accompagnés de festivals musicaux.
Il est donc fort possible de communiquer
le message de Fès au-delà du
Maroc. En effet, la diversité culturelle
est un don précieux, les interactions
sont faisables et doivent être
célébrées. Ceci
démontre que le défi
de former et développer la globalisation
peut être affronté et
surmonté. Les larmes dans les
yeux de nombreuses personnes lors du
chant conjoint Israel/Palestine démontrent
le désir ardent de voir naître
cette diversité culturelle et
que nous pouvons accomplir beaucoup
plus pour atteindre cette réalité.
Intervenants : Ahmed
Toufiq ; Richard Ernst ;
Jacques Attali ; Kamla Chowdry ;
Frédéric Lenoir ;
Thierry de Montbrial ; Matthieu
Richard ; Idrissa Seck ;
et Patrice Barrat
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