| |
Pendant
cinq journées, un groupe remarquable
de participants s’est réuni
sous les branches étalées
d’un chêne à Fès.
Cet arbre était une source d’inspiration
constante (une métaphore de
la vie d’antan, ainsi que de
l’harmonie entre les racines
et les branches), tout comme il évoquait
des questions difficiles (comment lier
la nature à l’humanité ?).
Il abritait des oiseaux qui chantaient
sans cesse, et il atténuait
quelque peu la chaleur qui accable
Fès en juin.
En
ce cinquième anniversaire
du colloque, une initiative audacieuse
est entrée dans une phase nouvelle.
Conçu au départ comme
un évènement relativement
modeste en marge du Festival de Fès
des musiques sacrées du monde,
le colloque occupe désormais
une place centrale, et il fait partie
intégrante de ce qui s’affirme
en même temps comme la célébration
des différentes cultures et
comme un modèle de ce à quoi
peut ressembler un monde multiculturel
diversifié. Le colloque est
un forum mondial qui suscite un rare
espoir en poursuivant son dialogue
pénétrant, novateur et
résolument sincère sur
des sujets difficiles. Ses participants
proviennent d’horizons extrêmement
divers : politiciens et scientifiques,
artistes, poètes et érudits,
dirigeants du monde médiatique
et des affaires, et beaucoup d’autres
encore. Le colloque a réuni
quelque 120 participants venant de
tous les continents, et il a eu un
auditoire fidèle et engagé dont
l’effectif a parfois atteint
plusieurs centaines de personnes. Ce
colloque a une vision ambitieuse, exceptionnelle
et audacieuse : il ne vise rien
moins qu’à bâtir
de nouveaux types de compréhension
autour de problèmes mondiaux
urgents, et à donner aux idéaux
et aux idées des formes pratiques
pour le Maroc, pour l’Europe,
pour le Moyen-Orient, et pour le monde.
Le
thème du Festival de Fès
2005 était « Les chemins
de l’espoir », et le colloque
a fait fond sur cette métaphore
et sur cette vision dans sa recherche
d’inspiration et de solutions
pour l’avenir. L’ordre
du jour du colloque était par
ailleurs intrinsèquement lié aux
débats des années antérieures,
en ce qui concerne notamment la priorité accordée à la
communication — par le biais
des médias ou de l’éducation —,
ainsi qu’aux rôles joués
par les individus et par la communauté dans
le processus de changement, que ce
soit dans le sens d’une société plus équilibrée
et plus juste ou dans celui de la paix.
Présidé par
Mohammed Kabbaj et animé par
Faouzi Skali, le colloque 2005 a en
outre réuni différents
partenaires. La Commission européenne
a appuyé le premier volet du
colloque, et le Fonds Aga Khan pour
la culture a parrainé la troisième
journée. Pour la troisième
année, la Banque mondiale a été un
important partenaire. Le colloque a
par ailleurs bénéficié de
l’appui de beaucoup d’autres
sources, notamment la ville et la région
de Fès, ainsi que le Gouvernement
marocain. Une mention spéciale
va à l’« Esprit
de Fès »,
un groupe central d’individus
formant — et ce depuis le début
du colloque il y a cinq ans, pour nombre
d’entre eux — un réseau
de conseil et d’engagement. Les
membres du réseau constituent
un groupe dévoué de bénévoles
qui croient profondément en
la vision et en la mission tant du
Festival que du colloque, et grâce à leur
appui — fourni depuis le Maroc,
l’Europe, les États-Unis
et l’Asie — ils insufflent
continuellement la vie et l’énergie à ce
forum.
Les
voix entendues lors du colloque de
Fès ont été remarquables,
en raison tant de la personnalité des
orateurs que du mélange inhabituel
de perspectives et d’expériences.
Tous ont apporté des témoignages
extraordinaires et des idées
stimulantes qui nous incitent au souvenir, à la
méditation et à la persévérance.
Il convient de souligner tout particulièrement
le message personnel et le défi
de son Altesse royale le prince de
Galles ; le regard pénétrant,
sincère et dynamisant de Rajmohan
Gandhi ; l’engagement passionné de
Leila Chahid et du Wali de Fès ;
et les symboles vivants de paix représentés
par les actions et les témoignages
conjoints du cheikh Abdul Aziz Bokhari
et de Eliyahu McLean de Jérusalem.
Pendant
les cinq journées, le colloque
débutait chaque matin et se
déroulait sous diverses formes,
allant des présentations par
les orateurs invités aux échanges
avec l’assistance, en passant
par le dialogue au sein des groupes
de discussion. Chaque après-midi,
un ou plusieurs ateliers poursuivaient
le dialogue en se concentrant sur ce
que cela implique comme mesures à prendre.
Un résumé des discussions
(basé sur les récapitulatifs
quotidiens de Katherine Marshall, co-présidente)
est présenté ci-dessous.
Ce résumé est certes
un aide-mémoire, mais il se
veut aussi une invitation à poursuivre
la réflexion, le dialogue et
l’action. En outre, les propositions
d’action issues des ateliers
inciteront à prendre des mesures
dans l’avenir, et elles guideront
ces dernières. Ce colloque se
distingue des forums d’échanges
intellectuels classiques par deux importantes
traditions : la première
est la pratique des introductions musicales,
laquelle lie l’événement
au festival de musique et donne vie
au défi de l’échange
multiculturel ; la deuxième
est la priorité accordée
aux symboles et aux métaphores,
lesquels ont été utilisés
par beaucoup pour apporter une perspective
personnelle et artistique qui s’étend,
au-delà des mots et des idées,
au cœur et à l’âme.
L’ordre
du jour du colloque s’articulait
autour de défis précis,
urgents et très pratiques qui
assaillent aujourd’hui les sociétés
pluralistes et multiculturelles, à notre ère
de la mondialisation. Tous les thèmes
et toutes les journées avaient
pour toile de fond le souci de tracer
des voies menant à des sociétés
plus justes et plus équilibrées,
ainsi qu’à la paix, au
respect et à la compassion envers
l’humanité.
Le
premier sujet traité a été celui
de l’identité, et trois
principaux défis sont à relever à ce
niveau : lutter contre l’exclusion
et la stigmatisation des groupes et
des individus ; trouver des moyens
pour établir un équilibre
entre la liberté et l’identité individuelles,
face aux forces unificatrices et parfois
homogénéisantes de la
mondialisation ; et chercher des
modèles qui approfondissent
l’identité individuelle
et collective parallèlement à un
respect et à une compréhension
sincères des autres. Ce défi
constitue (comme il l’a toujours été)
l’essence de la démocratie
; mais de nos jours, les défis
qui se posent aux institutions démocratiques
sont de loin plus généraux
et plus profonds que jamais. Cependant,
dans notre monde en rapide évolution
où les frontières nationales
et communautaires semblent s’estomper
et disparaître a besoin autant
de la sagesse ancienne et de l’expérience
antérieure, que de nouvelles
visions, d’esprit d’initiative
et d’énergie créatrice.
Les défis consistant à établir
un lien entre la périphérie
et le centre, l’individu et la
communauté, le passé et
l’avenir, se posent avec acuité tout
aussi bien à l’Europe
qu’aux institutions mondiales,
au Maroc, à Fès et au
Moyen-Orient.
Comment établir cet équilibre
créateur entre les cultures,
les traditions, l’histoire et
la modernité, les idéaux
et les réalités, les
individus et les communautés ?
Le colloque 2005 s’est concentré sur
trois sujets principaux, à savoir
l’éducation, le patrimoine
culturel et la mémoire. Par
ailleurs, les débats ont souvent
porté sur les principaux participants
qui forment de nombreux partenariats,
au niveau des médias, de l’éducation
formelle, des arts vivants, des affaires
et des entreprises. Quel est le rôle
de chacun, et quelles sont les synergies
opérant entre eux ?
Des
mémoires douloureuses perpétuent
le conflit et la peur, et elles constituent
des obstacles à la paix et à une
société viable. Le colloque,
toujours à la recherche des « chemins
de l’espoir », a examiné des
exemples d’inspiration en ce
qui concerne tout particulièrement
Fès, le Maroc et le Moyen-Orient.
Les
résumés quotidiens
donnent un aperçu de la richesse
des échanges, des idées
et des propositions d’action.
Quelques thèmes sont revenus
dans toutes les discussions. La sincérité et
l’ouverture qui ont caractérisé les
débats étaient à la
fois une remarquable inspiration et
un modèle : sans sincérité envers
soi-même et dans le dialogue,
la résolution et le progrès
sont impossibles. Les femmes doivent
jouer un rôle nettement plus
central dans tous les dialogues et
toutes les actions, et cet impératif
exige certains nouveaux paradigmes,
de nouveaux critères d’écoute
et d’engagement. La participation
et la diversité sont un défi
illustré par le colloque lui-même
: l’on a constamment rappelé le
besoin de diffuser les messages et
de cultiver l’écoute,
au-delà du cercle des individus
engagés et du centre, au sein
des personnes concernées. Les
jeunes doivent occuper une place plus
centrale dans le dialogue. Il convient
de représenter de manière
plus vivante les perspectives, les
dimensions et les voies spirituelles,
et de leur faire jouer un rôle
plus actif. L’urgence et les
enjeux de ce programme d’action
ont en outre été souvent
rappelés au colloque : l’on
a évoqué à maintes
reprises la métaphore du sablier,
pour montrer comment le temps passe
avec l’écoulement régulier
du sable.
Le
colloque et l’« Esprit
de Fès » évolueront
en suivant plusieurs « sentiers
de l’espoir ». Le plus
immédiat de ceux-ci est l’appel
en faveur d’une action plus cohérente
et plus dynamique pour revitaliser
la ville historique de Fès.
Les partenaires ont été invités à unir
leurs forces pour appuyer cette initiative.
La formule remarquable selon laquelle
l’énergie culturelle et
le public des festivals de musique
servent d’inspiration pour bâtir
de nouvelles formes de dialogue engendre
des événements « Esprit
de Fès » calqués
sur le modèle du colloque dans
d’autres villes, pays et continents.
Le concept audacieux de « diplomatie
interculturelle » fraye un chemin
vers l’avenir et il se concrétise
avec la création d’un
institut qui donnera en permanence
vie au dialogue, à la médiation
et à l’engagement au cours
des années à venir. Enfin,
le forum de Fès se tiendra à nouveau
du 3 au 7 juin 2006.
___________________________
Note
: version préliminaire,
susceptible de révision.
|