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Le Festival de Fès
Le
célèbre festival des musiques
sacrées du monde de Fès,
créé en 1995, célèbrera
son 10e anniversaire en juin 2004, en
tant qu’événement
annuel musical et artistique bien établi
et qui fait l’objet d’admiration.
Le festival se déroule dans l’ancienne
ville de Fès au Maroc, cité
glorieuse au riche passé historique
et à l’héritage
culturel renommé. Il s’inspire
de longues traditions d’harmonie
culturelle et d’excellence artistique
et intellectuelle, ainsi que de la confrontation
dynamique des courants modernes et anciens
de la ville de Fès d’aujourd’hui.
Ensemble
Al Kindi et Derviches tourneurs
Le festival de musique vise explicitement
à éliminer les clivages
culturels et à célébrer
la diversité, par la musique
et l’art ; il a pour thème
fondamental, Une âme pour la mondialisation.
Le programme artistique est invariablement
riche et particulièrement varié.
Au menu de 2003 figuraient, à
l’ouverture, un oratorio, «
Réconciliation », exécuté
par Goran Bregovic (Yougoslavie/Russie/Bulgarie/Maroc/France),
ainsi que des artistes venant des quatre
coins du monde, notamment Gilberto Gil
(Brésil), Mohamed Reza Shajarian
(Iran), Yungchen Llamo (Tibet), Doudou
N’Diaye Rose (Sénégal),
Shekkh Habboush, l’Ensemble Al
Kindi et les Derviches tourneurs (Syrie),
et The Anointed Jackson Sisters (États-Unis).
Le programme de l’anniversaire
de 2004 (28 mai – 5 juin) promet
de mettre en scène les meilleurs
et les plus intéressants artistes
du Festival, sur un thème unificateur
de paix, intitulé « Traces
de lumières » – faisant
allusion à la lumière
de l’inspiration de l’individu
et de la communauté.
Yungchen Llamo, artiste tibétaine
Outre les concerts formels, le Festival
a évolué et inclut désormais
un programme pour les jeunes, des soirées
de rencontres soufies et des concerts
dans la Médina pour le grand
public. Des expositions de photographies
et de films ont lieu simultanément.
On trouvera de nombreuses autres informations
sur le site Web du Festival (www.fezfestival.org),
et des CD du Festival sont également
disponibles.
Faouzi Skali et Zeyba Rahman
Le
Festival de Fès est très
enraciné au Maroc d’où
il est dirigé, mais il s’agit
d’un événement international.
Il est très apprécié
et soutenu au plan international et
a notamment été spécialement
reconnu par l’UNESCO, qui a fait
de son fondateur, Faouzi Skali, homme
de génie, un de ses « Héros
méconnus du dialogue ».
Universitaire marocain, anthropologue
et entrepreneur, Skali est aussi membre
du « Groupe des sages »
de Romano Prodi et de la Commission
européenne. Le Festival est placé
sous le patronage du Roi du Maroc et
de son conseiller spécial, Mohamed
Kabbaj.
Faouzi
Skali, Directeur du Festival de Fès
En mars 2004, le Festival organisera
dans 20 villes des États Unis
une manifestation sur le thème
« Esprit de Fès »,
pour présenter les événements
les plus marquants du Festival.
Le
Symposium, une âme pour la mondialisation
Depuis 2001, un symposium consacré
aux questions de mondialisation fait
partie intégrante du Festival
et, tout comme le Festival lui-même,
est fondé sur le thème
« une âme pour la mondialisation
». Le Symposium se veut un forum
de dialogue entre les vues très
différentes du monde. Il met
à profit l’inspiration
de la musique et de l’art et les
exemples tangibles et audibles de l’échange
interculturel qui constituent le Festival
de Fès, pour stimuler une nouvelle
réflexion sur les questions d’intérêt
mondial. L’idée que Fès
pourrait constituer un pont entre des
vues du monde diamétralement
opposées — comme le montre
la différence qui existe entre
les réunions mondiales annuelles
du Forum économique mondial de
Davos et du Forum social mondial de
Porto Alegre — a été
présente dès le départ.
Un autre espoir est que le Symposium
de Fès donnera lieu à
un « Club de Fès »
permanent, comprenant diverses activités
et réseaux s’étendant
sur toute l’année entre
les symposiums annuels.
Le premier symposium, organisé
en 2001, n’a pas commencé
en grande fanfare, mais il s’est
achevé sur une note d’espoir,
les participants s’étant
aperçus qu’il offrait une
voie peu courante vers différents
types de dialogue sur des sujets critiques
et délicats. Le dialogue de Fès
illustrait les différences notables
entre les manières d’aborder
les questions de la mondialisation,
mais aussi certains éléments
— aussi bien pratiques qu’éthiques
et spirituels — qui unissaient
même les tenants de vues diamétralement
opposées. Une communication était
amorcée entre certains qui qualifiaient
la mondialisation de vampire, détruisant
les cultures traditionnelles, ou de
force inexorable menaçant les
écosystèmes fragiles,
et d’autres qui espéraient
l’avènement d’un
monde libéré des barrières
entre les possibilités et où
la prospérité permettait
de réaliser les rêves d’une
société juste.
Michael Moore, Hasan Zaoual et Sulak
Sivaraksa au Symposium de 2002
Le Symposium de 2002 était une
initiative plus ambitieuse, qui a connu
une participation plus variée
et bénéficié d’une
audience plus importante. Il avait pour
thème, « Voies de la sagesse
», un sujet qui a donné
lieu à de nombreuses réflexions
sur les valeurs communes face à
des perspectives différentes.
Le Symposium a suscité un grand
intérêt tant au Festival
qu’au cours des échanges
de vues qui ont eu lieu par la suite,
en offrant un forum différent
et important pour les discussions sur
les questions de mondialisation. La
Banque mondiale est devenue un partenaire
du Symposium et lui a accordé
son soutien.
En
juin 2003, les Éditions Albin-Michel
ont publié sur les symposiums
de 2001 et 2002, un livre intitulé
: Donner une âme à la mondialisation.
Le
Symposium de 2003
Le Symposium de 2003, troisième
de la série, a été
un événement bien plus
institutionnalisé, et a montré
clairement que le processus de Fès
s’était assez solidement
encré. Sous la rubrique générale
« Donner une âme à
la mondialisation », le thème
unificateur, en 2003, était :
« De mon âme à ton
âme : l’art de la transmission
». L’idée de départ
consistait à se concentrer sur
l’éducation et son rôle
dans la transmission et l’amélioration
des valeurs culturelles et de l’harmonie
interculturelle. À cette notion
venaient s’ajouter le rôle
des médias et des communications
dans le processus de mondialisation,
la notion de l’identité
et de la citoyenneté spirituelle
et notre responsabilité à
l’égard des générations
futures, ainsi que la responsabilité
sociale des entreprises.
La
formule du Symposium a évolué
et consiste désormais en une
session plénière chaque
matin, pendant cinq jours, fondée
sur deux groupes de conférenciers.
Chaque conférencier fait un bref
exposé, suivi d’un échange
de vues au sein du groupe et d’un
débat avec l’auditoire.
Le Symposium se tient en plein air,
dans la cour du Musée Batha,
sous un vieux figuier célèbre.
La beauté du lieu et l’accompagnement
musical des oiseaux servent de toile
de fond créant une scène
qui met les participants à l’aise
et leur fait oublier les formes habituelles
du discours.
Setsuko Klossawaska de Rola et Mohamed
Kabbaj (Président du Festival)
Le Symposium de 2003 comptait une soixantaine
de conférenciers, la plupart
venant de l’étranger, mais
aussi un groupe important du Maroc.
Étant donné le grand nombre
de conférenciers, les présentations
officielles ont été abrégées
et affinées. Les participants
étaient invités à
titre personnel et non en tant que représentants
d’institutions, l’objectif
étant de rassembler un large
éventail de perspectives et de
vues, associant activistes et penseurs,
décideurs et critiques. À
titre d’illustration de l’éventail
des conférenciers, on peut citer
Swami Agnivesh, Jacques Attali, Patrice
Barrat, Bertrand Collomb, Régis
Debray, Peter Eigen, Gilberto Gil, Mario
Giro, Candido Grzybowski, Mats Karlsson,
Rabbi Matalon, Fatema Mernissi, Njoki
Njehu, Jean-Claude Petit, Jean-Louis
Sarbib, et Sulak Sivarksa. Les modérateurs
étaient Faouzi Skali et Katherine
Marshall.
Faouzi
Skali et Katherine Marshall, modérateurs
Au nombre des thèmes qui ont
suscité un intérêt
particulier figuraient les responsabilités
éthiques des média et
leur entrée dans les relations
publiques, l’action sociale des
entreprises, l’évolution
des rôles de la religion et de
ce qui est attendu d’elle, et
le rôle que doivent jouer les
dirigeants politiques en concentrant
l’attention sur la justice sociale
à travers le monde. Les conférenciers
aux origines diverses attirés
par l’événement
de Fès tendent à abandonner
leurs perceptions classiques de l’identité
et de l’appartenance, pour parler
avant tout en tant qu’êtres
humains, frères et sœurs,
créant une véritable confiance
mutuelle qui élève le
dialogue sur un nouveau plan.
Bertrand Collomb et Philippe de Woot
Le Symposium avait deux éléments
inhabituels visant à promouvoir
un dialogue réfléchi et
engagé qui doit consister, comme
d’habitude, à écouter
d’abord les autres. Le premier
élément était une
brève introduction musicale journalière,
généralement avec un thème
spirituel, pour donner le ton ; certains
artistes faisaient partie du festival
de musique, d’autres ne participaient
qu’au Symposium. Ces introductions
liaient le Symposium au segment musical
du Festival, et montraient que la musique
fait tomber les barrières qui
nous séparent les uns des autres.
Jean-Louis Sarbib et Rama Mani
Peter Eigen, introduction musicale
Le second élément caractéristique
est le fait qu’il était
demandé à chaque participant
de se présenter avec un objet
symbolique. La gamme des objets était
incroyable, allant de symboles des éléments
lumière, terre et eau à
des objets d’un symbolisme plus
complexe comme les tenues vestimentaires
multifonctionnelles, un kaléidoscope,
et des analogies destinées à
imiter la musique des oiseaux.
Ministre marocain des affaires islamiques
Cette formule permet de tenir, avec
des métaphores pour exprimer
par des raccourcis des vues différentes
de la mondialisation, un discours qui
exprime, bien mieux que les phrases
standards, les images et les présomptions
qu’apporte chaque conférencier.
Les introductions musicales et les symboles
contribuent à l’objectif
central consistant à rompre dans
le dialogue avec les structures établies.
Elles permettent aussi d’introduire
un certain niveau de confiance et de
personnalisation, les symboles laissant
souvent des impressions que les mots
eux-mêmes ne peuvent exprimer.
Rabbi
Matalon présente un objet symbolique
Swami Agnivesh, Katia Legeret
L’auditoire
du Symposium était composé
en grande partie de personnes attirées
à Fès par le festival
de musique. Le Symposium était
ouvert au public, moyennant un droit
d’admission de 100 dollars pour
les cinq jours. L’événement
attire un auditoire vaste et loyal de
plusieurs centaines de personnes dont
un bon nombre reviennent une deuxième
voire une troisième année,
et ne sont pas découragées
par des températures élevées,
qui ne sont pas la norme, mais peuvent
se produire.
Assemblée du Symposium
D’autres
personnes viennent pour des périodes
plus courtes. Parmi ces participants
de passage, on peut citer le Premier
ministre sénégalais et
un certain nombre de ministres marocains
et français. Des gens viennent
de tous les continents, certains en
qualité d’invités
mais bon nombre de participants sont
attirés par ce rare menu composé
de mets musicaux et intellectuels. L’intérêt
porté par les médias à
ces événements augmente
régulièrement, certains
partant du programme musical (qui est
très médiatisé),
d’autres se concentrant spécialement
sur le dialogue du Symposium.
Dans l’auditoire se remarquent
Evence Coppee et Alain de Rosambo, sympathisants
de longue date du Festival
Pierre Rabhi présente un objet
symbolique
Une caractéristique du Symposium,
commentée par certains rapports
de presse, est l’absence d’un
« enjeu » précis
– par exemple, aucun effort n’a
été entrepris et aucune
démarche n’a été
faite pour publier des « déclarations
». Toutefois, au cours des trois
années du Symposium, un mouvement
grandissant est apparu tendant à
orienter les paroles vers l’action,
en traduisant le dialogue rare et spécial
de Fès en un résultat
plus durable et de plus vaste portée
dans son application pratique. Ce mouvement
se concrétise par la recherche
constante d’un moyen d’engager
un dialogue permanent s’appuyant
sur une structure institutionnelle.
Candido
Grzybowski présente la sphère
de l’origami,
sous le regard de Mario Giro
En
résumé, le Symposium suscite
un intérêt considérable
et croissant, tant au Maroc qu’au
plan international.
Le Symposium de 2004
Gilberto
Gil, Ministre brésilien de la
culture
Le Symposium de 2004 s’inspirera
du thème du Festival «
Traces de lumière ». Il
fera fond sur le dialogue des années
précédentes, s’efforçant
davantage de traduire en mesures concrètes
les idées et l’esprit d’engagement.
Le Symposium aura trois thèmes
principaux. Tout d’abord, il examinera
l’illumination et l’inspiration
que l’on peut tirer de quelques
individus qui, par leur inspiration
et leur courage, ont véritablement
fait une différence perceptible
sur le plan mondial. Ensuite, le Symposium
doit aussi être centré
sur les questions de démocratie
dans le monde – engagement des
différents acteurs, équilibre
entre les droits et les responsabilités,
diversité et objectifs humains
communs. Enfin, il amènera les
principaux défenseurs de la paix
et du dialogue dans le monde islamique,
en général, et le Moyen-orient
plus concrètement, à étudier
de nouvelles possibilités de
conjuguer leurs efforts pour l’avènement
de mondes meilleurs et plus justes.
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Cette note traduit les opinions de
Katherine Marshall, co-modératrice.
Photographies d’André Porto,
Katherine Marshall et Hal Schwartz.
12/2003.
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